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Gifi demande son redressement judiciaire : ce qui change pour les clients

Le 18 octobre, nous écrivions que Gifi était au bord du dépôt de bilan, dans l’attente d’une réunion du comité social et économique. C’est désormais officiel du côté de l’entreprise : le spécialiste du bazar discount a annoncé à ses salariés qu’il demandait son placement en redressement judiciaire. Pour les clients habitués aux petits prix, la question est simple : faut-il se précipiter, attendre des rabais de liquidation, ou continuer comme avant ? Voici ce qui est établi, et ce qui ne l’est pas encore.

Ce que la direction a annoncé le 20 octobre #

Le mardi 20 octobre, Patrick Puy, arrivé quelques jours plus tôt à la présidence du directoire, a adressé un message aux salariés, cité par l’AFP et repris par L’Express Franchise. Il y confirme la demande d’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire devant le tribunal de commerce de Toulouse. Le dirigeant n’est pas un inconnu des dossiers difficiles : il est passé par Moulinex-Brandt, Vivarte et Go Sport.

Le message contient trois engagements qui intéressent directement les clients et le personnel. D’abord, « nos magasins restent ouverts ». Ensuite, la procédure n’aura « par elle-même, aucune conséquence immédiate sur l’emploi ». Enfin, aucun plan de sauvegarde de l’emploi n’est engagé « à ce stade ». Le message s’adresse à 6 000 salariés ; le réseau compte 513 magasins selon Libération, chiffre repris par L’Express Franchise.

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L’information avait été révélée le 18 octobre par Sud Ouest, qui décrivait une enseigne en état de cessation de paiements. Les représentants du personnel avaient déclenché un droit d’alerte dès le 6 octobre.

Une demande, pas encore un jugement

Un point mérite d’être souligné : demander un redressement judiciaire ne revient pas à l’obtenir. C’est le tribunal qui ouvre la procédure par un jugement, ensuite publié au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc). Au matin du 21 octobre, selon L’Express Franchise, aucun jugement d’ouverture concernant Gifi n’y figurait encore. Tant que cette décision n’est pas rendue, toute affirmation sur la suite relève du pronostic.

Redressement judiciaire : comment se déroule la procédure #

Le cadre est fixé par la loi et résumé par le site officiel Entreprendre Service Public. Une fois le jugement rendu, s’ouvre une période d’observation d’une durée maximale de six mois, renouvelable une fois pour six mois à la demande de l’administrateur, de l’entreprise ou du parquet. Le parquet peut demander un second renouvellement, ce qui porte le maximum à dix-huit mois.

Pendant cette période, l’activité continue. Le dirigeant reste en place, assisté et surveillé par un administrateur judiciaire nommé par le tribunal. Les dettes nées avant le jugement sont gelées, et les créanciers ont deux mois après la publication au Bodacc pour déclarer leurs créances au mandataire judiciaire.

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À l’issue de l’observation, trois issues sont possibles : la clôture de la procédure si l’entreprise a retrouvé assez de fonds, un plan de redressement d’une durée maximale de dix ans, ou la liquidation judiciaire. Une cession à un repreneur peut aussi être envisagée en cours de route.

Ce que cela change pour les clients #

Pas de « prix de liquidation » à guetter

C’est la confusion la plus fréquente quand une enseigne connue entre en procédure : beaucoup imaginent des rayons bradés dans la foulée. Un redressement n’est pas une liquidation. Les magasins continuent de vendre normalement, avec leurs prix habituels et leurs promotions classiques. Les ventes au déstockage massif n’interviennent, le cas échéant, qu’en cas de fermeture de points de vente, et rien de tel n’est annoncé aujourd’hui.

Mieux vaut donc se méfier des messages qui circulent sur les réseaux sociaux promettant des « liquidations totales Gifi » ou des bons d’achat géants. Ce type d’annonce opportuniste accompagne presque toujours les difficultés d’une enseigne populaire, et sert souvent à récolter des données personnelles. La seule source fiable reste le site officiel de l’enseigne et la presse.

Bons d’achat, cartes cadeaux et SAV

Pour un client, la prudence élémentaire consiste à utiliser sans tarder les bons d’achat ou cartes cadeaux déjà en poche, plutôt que d’en acheter de nouveaux pour un usage lointain. Il est aussi utile de conserver ses tickets de caisse pour les achats récents, au cas où un retour ou une réclamation serait nécessaire. Ce sont des réflexes de bon sens dans toute procédure collective, sans que la direction ait annoncé une quelconque restriction à ce jour.

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Une enseigne fragilisée depuis plusieurs années #

Fondée en 1981 par Philippe Ginestet, Gifi revendiquait une centaine de magasins en 1998 et plus de 400 en 2013. L’enseigne a depuis multiplié les changements de cap : 32 magasins ont été cédés à Grand Frais fin 2025, rappelle L’Express Franchise. Pour l’expert de la distribution Olivier Dauvers, cité par le même média, le problème est structurel : « le bazar discount est un marché saturé ».

En Belgique, la direction de Trafic, enseigne du même groupe, a voulu rassurer : son directeur général Rudy Bellamy a déclaré à l’agence Belga le 21 octobre que la procédure française n’avait « aucun impact significatif » sur ses magasins.

La suite à surveiller #

La prochaine étape décisive est le jugement du tribunal de commerce de Toulouse et sa publication au Bodacc, qui fixeront la date d’ouverture, le nom de l’administrateur et le calendrier. Viendra ensuite le temps des offres de reprise éventuelles et du sort réservé à chaque magasin. D’ici là, rien n’oblige les clients à changer leurs habitudes : les magasins sont ouverts et vendent au prix normal. Nous suivrons l’évolution du dossier, en particulier si des fermetures de points de vente venaient à donner lieu à de véritables opérations de déstockage.

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