Menu
Dossiers

Objets des pillages revendus en ligne : comment ne pas acheter du volé

Des sacs de maquillage bradés, des baskets « neuves avec étiquette », des parfums encore sous blister : depuis le week-end du 17 octobre, les plateformes de seconde main voient passer des annonces qui ressemblent beaucoup trop au butin des pillages commis en marge des manifestations. Le gouvernement a convoqué les plateformes ce lundi. Pour qui achète d’occasion ou en déstockage, la question est simple : comment ne pas se retrouver, sans le vouloir, avec un objet volé entre les mains ?

Ce qui s’est passé depuis samedi #

Les images ont circulé très vite sur les réseaux sociaux : des magasins de cosmétiques, de jeux vidéo et de prêt-à-porter forcés, puis, quelques heures plus tard, des annonces en ligne qui semblaient proposer la marchandise. 20 Minutes cite plusieurs de ces annonces repérées sur Vinted, dont une proposant du « maquillage du 17 octobre » à quinze euros le sac.

Le quotidien recense six plateformes concernées par ce type d’annonces depuis samedi : Vinted, Amazon, eBay, Leboncoin, Meta et TikTok. Les fiches qui circulent ont souvent les mêmes traits : du neuf, en quantité, à un prix sans rapport avec la valeur en boutique.

À lire Jours Flash Prime Amazon (6-7 octobre) : comment repérer les vraies promos et éviter les faux rabais

Le gouvernement réunit les plateformes #

Lundi 19 octobre, la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, a annoncé réunir les plateformes « en présence de représentants des ministères de l’Intérieur et de la Justice ». Selon TF1 Info, elle a ajouté : « Nous attendons de ces plateformes qu’elles retirent sans délai les annonces en question. » La Fevad, la fédération du e-commerce et de la vente à distance, devait aussi participer à la réunion, d’après 20 Minutes.

Côté plateformes, Vinted affirme appliquer « une tolérance zéro ». L’entreprise indique que ses équipes ont « agi immédiatement pour identifier et supprimer les annonces susceptibles de concerner des biens volés » et qu’elle a renforcé le contrôle des annonces suspectes, avec des sanctions pouvant aller « jusqu’au bannissement définitif » des comptes. eBay rappelle mettre à disposition des forces de l’ordre un portail dédié à leurs demandes. Leboncoin n’avait pas encore réagi lundi, selon l’AFP citée par TF1 Info.

Acheter un objet volé, c’est aussi s’exposer #

On pense spontanément au vendeur. Mais le droit pénal vise aussi celui qui achète. Le recel, c’est le fait de détenir ou de transmettre une chose en sachant qu’elle provient d’un vol, ou d’en tirer profit. 20 Minutes rappelle que l’article 321-1 du Code pénal le punit « de cinq ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende », et que l’amende peut monter jusqu’à la moitié de la valeur des biens recelés. Le quotidien souligne que les sanctions prévues pour l’acheteur qui sait ce qu’il achète sont aussi lourdes que pour le vendeur.

Le mot clé est « en sachant ». L’acheteur de bonne foi, qui ne pouvait pas deviner l’origine de l’objet, n’est pas dans la même situation que celui qui commande un lot de parfums à moitié prix en lisant « pillage » dans l’annonce. Mais les enquêteurs apprécient la bonne foi au regard des circonstances : un prix dérisoire, un vendeur qui enchaîne les articles neufs identiques ou une annonce qui fait allusion à la date du 17 octobre sont autant d’indices qui fragilisent la défense « je ne savais pas ».

À lire Lunettes d’éclipse : où en trouver, à quel prix et comment repérer une paire non conforme

Sans compter le risque le plus concret : un objet volé peut être saisi. L’acheteur perd alors l’objet et l’argent versé, sans garantie de se faire rembourser.

Les signaux qui doivent faire tiquer #

Le déstockage, les fins de série et les invendus existent et se vendent légitimement moins cher. Ce qui distingue une bonne affaire d’une marchandise douteuse tient souvent à quelques détails.

Le prix et la quantité

Un particulier qui revend un pull porté deux fois, c’est la vocation des plateformes de seconde main. Un compte qui propose dix palettes de rouge à lèvres neufs de la même référence, ou plusieurs consoles encore scellées à un tarif très inférieur à celui des enseignes, ce n’est pas la même chose. Un vrai déstockeur professionnel affiche une raison sociale, un numéro SIRET et des conditions de vente.

Les étiquettes et les antivols

Les annonces qui précisent que l’article est « neuf avec étiquette » ne sont pas suspectes en soi. Elles le deviennent quand l’étiquette porte la trace d’un antivol arraché, quand le carton d’origine manque sur un produit électronique, ou quand le vendeur insiste pour préciser que l’objet n’est pas « bipé ».

À lire L’espace des marques : vrai ou contrefaçon, comment le décrypter

La facture et la traçabilité

Pour un achat d’une certaine valeur, demander la facture d’origine ou un ticket de caisse est un réflexe sain. Un vendeur honnête la fournit ou explique pourquoi il ne l’a plus (cadeau, achat ancien). Un refus sec, une pression pour conclure hors de la plateforme ou un paiement exigé par un moyen non traçable sont des signaux à prendre au sérieux. Rester dans le circuit de paiement de la plateforme, c’est aussi garder un recours si l’annonce est ensuite retirée.

Le bon réflexe en cas de doute #

Si une annonce vous semble issue des pillages, ne l’achetez pas et signalez-la via l’outil de signalement de la plateforme : c’est exactement ce que les sites disent traiter en priorité depuis samedi. Les contenus manifestement illicites peuvent aussi être signalés sur Pharos, la plateforme du ministère de l’Intérieur.

Pour les acheteurs malins, l’épisode rappelle une règle de base du déstockage : une remise se justifie toujours par quelque chose. Une fin de série, un emballage abîmé, une liquidation judiciaire avec vente aux enchères encadrée par un commissaire de justice : la décote a une origine identifiable. Quand le seul argument du vendeur est le prix, il vaut mieux passer son chemin.

Destockage en Ligne est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Dans la même rubrique : Guide anti-arnaque